Des bulles de toutes dimensions dans un vaste bouillon de culture

     Autrefois étaient les clubs, les bandes, les groupes, les cénacles et toutes sortes de constellations d'écrivains, de poètes, d'artistes ou de personnages plus ou moins atypiques ou exerçant une activité sortant de l'ordinaire...

Et tous ces gens là se réunissaient dans des lieux publics, salons ou cafés, souvent à Paris...

De nos jours, ces groupes, ces bandes, ces clubs et ces cénacles, forment aussi des constellations, sans doute en plus grand nombre, et leurs membres communiquent entre eux par des blogs, ou par des messages et par des images qu'ils exportent à partir de leurs téléphones portables ou de leur ordinateur via le Web...

Mais l'on peut dire que le Web a "changé la donne", dans la mesure où se sont constituées des communautés virtuelles rassemblant des centaines voire des milliers de membres, tous dispersés aux quatre coins de la France et du monde...

Ainsi s'étend à perte de vue, désormais, un immense bouillon de culture planétaire dans lequel fourmille toute une vie grouillante de germes, de bactéries, d'animalcules... Et les bandes, et les cénacles alors, y sont, dans ce bouillon de culture, comme des bulles...

Des bulles identifiables, indépendantes les unes des autres ou s'interpénétrant à l'occasion ; des bulles qui ont chacune leur univers relationnel propre, mais qui dans une déconcertante et étonnante réalité, évoluent dans la mouvance du bouillon de culture de dimension devenue "cosmique"... Où tout ce qui existe et se diffuse, va et vient, apparaît, disparaît, éclate, se décompose, se reforme, se superpose, s'entrechoque...

Comment s'y retrouver là dedans, comment y envisager dans une telle mouvance, une histoire et une géographie de la relation avec des repères, des ports, des attaches ?

Avez-vous déjà observé dans nos villes et à la périphérie de nos villes, ces galeries et espaces marchands en lesquels s'ouvrent et se ferment au rythme des saisons, autant de boutiques ?

Alors j'imagine... Dans ces constellations de forums du Net, non plus des boutiques comme dans une galerie marchande, mais des visages, de "vrais êtres", dans une "galerie" ou espace de communication... Des visages qui apparaissent puis disparaissent au rythme des saisons et des évènements, au rythme des émotions, des sensibilités, des engouements, des préférences ; au rythme du flux et du reflux d'une marée qui elle-même enfle, envahit les terres proches, puis s'arrête et ravale son flux et son reflux...

Pour l'artiste, pour le poète, pour l'écrivain... Il y avait jadis un monde, une véritable planète avec une géographie et une histoire... Et donc, une existence.

À présent, avec tout ce qui va et vient, apparaît, disparaît, se forme et se déforme ou se dilue, il n'y a plus de planète tellurique avec des continents et des océans, il n'y a plus qu'une planète "boule de gaz", sans histoire, sans géographie... Et l'artiste, le poète, l'écrivain, n'existe plus : il "lumine" comme une sorte d'arc-en-ciel de particules pris dans un tourbillon d'autres arc-en-ciel... C'est cette "luminescence" qui se substitue à son existence...

... Un ami me disait un jour (cet ami est plus anciennement présent que moi, sur le Net puisqu'il y est arrivé en 2000 au temps des premiers forums dans leurs balbutiements, alors que moi, je ne suis vraiment présent que depuis 2005) :



"Depuis les blogs, les forums deviennent des déserts"...



En effet, j'ai vérifié sur tous les forums sur lesquels je m'étais inscrit depuis 2004 et surtout en 2005/2006... Et j'ai pu constater qu'au départ, ces forums étaient très animés, bien fréquentés... (avec certes leurs "locomotives") mais qu'à partir du moment où le "phénomène blog" a commencé à prendre une grande extension, en gros après 2007, eh bien tous ces forums à l'exception de deux ou trois, sont devenus des "déserts" ... en ce sens que, même ceux et celles qui les animaient, n'y postent à présent plus rien ou presque.

J' y vois là, dans cette tendance à la baisse de fréquentation et au vide laissé par celles et ceux qui postaient régulièrement mais se sont envolés...

une explication : le blog est devenu en quelque sorte la "sphère relationnelle" de son auteur, avec ses "fidèles" d'une part, et les quelques amis ou connaissances qui de temps à autre visitent le blog...



D'ailleurs mon ami qui lui-même avait créé un forum en 2007, constate qu'en 2008 son forum "marchait bien" mais qu'ensuite à partir de 2009, il n'y a plus que 1 ou 2 messages de loin en loin...



Personnellement, je déplore la "désertification" des forums au profit de l'activité et de la fréquentation qui se reporte sur les blogs...

Pour cette raison :

le blog c'est l'univers des copains, amis, des gens "à votre dévotion" (ce qui de toute évidence est très confortable)... mais "t'enferme comme dans un terrier peuplé de gentils lapins"... Et le forum c'est l'univers dans lequel existe une vraie confrontation, une vraie mise à l'épreuve, une vraie communication...(autrement dit, tu n'y rencontres pas que des "gentils lapins" qui vont te mordiller-bisuquer le bout du nez)...



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