La parole et l'écriture

     "Un grand auteur est celui dont on entend et reconnaît la voix dès qu'on ouvre l'un de ses livres. Il a réussi à fondre la parole et l'écriture."

                                                                                                      [ Michel Tournier ]



      J'ai dit une fois, que l'écriture devrait se faire parole, et que la parole devrait se faire écriture...

Mais je précise aussi, que "l'écriture se faisant parole" ne devrait pas pour autant être une écriture comme si l'on parlait ; et que "la parole se faisant écriture" ne devrait pas pour autant être une parole comme si l'on écrivait...

Cette fusion entre la parole et l'écriture me fait penser à un torrent de montagne : une lecture du mouvement et de la transparence de l'eau, et une écoute du chant de cette eau... Mouvement et transparence, et chant... sont indissociables.

... J'ai pensé que certains signes de ponctuation, en particulier les points de suspension et les guillemets, et peut-être le tiret plus encore que la parenthèse, et bien sûr la virgule et le point virgule... pouvaient selon l'utilisation que l'on en fait, ou selon la manière dont on use de ces signes, donner en quelque sorte "de la voix"- ou de la tonalité- à la phrase... Et que les points de suspension par exemple, pouvaient introduire de l'inexprimé, ou du "non dit", ou encore un silence invitant à quelque réflexion...

Il y a aussi dans l'écriture tout comme dans la parole, le rythme de la phrase, des tonalités similaires qui reviennent, des mots en quelque sorte "musicaux"...

La plupart des écrits journalistiques – notamment en ce qui concerne les faits d'actualité- et la plupart de ces livres "d'auteurs à la mode" que l'on voit en piles de cinq ou de dix exemplaires sur les rayons des supermarchés... N'ont pas de rythme, pas de tonalité, pas de "musique"... Ce sont comme des cornets de glace, des crèmes de beauté, des produits de consommation aseptisés ou des médicaments de confort de parapharmacie...

L'écriture telle que l'on la subit sans jamais se rendre compte qu'on la subit et en croyant qu'il n'y a que cette écriture, l'écriture dont on use et que l'on consomme... Ne "s'habille" pas, elle se déboutonne, elle montre le bas de sa chemise sur ses fesses, elle se chausse de "Nike", elle porte des jeans délabrés exprès, elle met des bermudas à fleurs et des teachers imprimés de slogans, se coiffe de casquettes ou de bonnets posés de travers, se met des lunettes de soleil grosses comme des soucoupes volantes...

Et quand l'écriture "s'habille", elle fait comme ces jeunes femmes que l'on voit dans certains défilés de mode complètement déjantés où l'on assiste à une succession dandinante de fesses empanachées et de visages surmontés de coiffures en barbe à papa ou en ailerons de requin ou en aiguilles à tricoter...

... Mais non... Je "caricature"...

L'écriture parfois, "s'habille vraiment"... Comme ces jeunes (et moins jeunes) femmes que l'on voit dans les mariages devant la mairie ou l'église par un très beau samedi après midi d'été, en robes bien coupées et sans inutiles "falbalas"...

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